dimanche 30 novembre 2008
samedi 29 novembre 2008
A winter on the seaside
Souvent, je pense à une maison en bord de mer, avec une terrasse en planches brutes qui donne directement sur le sable, une plage vide et son ciel gris qui irradie, et quelques herbes coupantes qui poussent en bouquet. Il fait du vent mais il ne fait pas froid. Dans l'air on entend seulement le bruit des vagues.
L'intérieur de la maison est très blanc et presque vide. Peut être à cause du ciel tapissé de nuages qui laisse transparaître la lumière du soleil, et qui la sublime comme seules les terres nordiques savent le faire. Il n'y a pas de rideaux aux fenêtres, parfois il y a un canapé, d'autres fois un buffet, mais c'est tout. Le plus important sont les miroirs qui changent de place sur les murs, ou posés à même le sol, à dorures, à moulures, aux cadres peints. Ils sont la seule chose qui encombre.
L'ambiance, c'est le silence et la lumière. Il n'y a qu'un salon, vu sous un certain angle qui ne change jamais, et c'est un mélange des plans d'Intérieurs, quand les soeurs errent à travers la maison vide dans les premières minutes du film, et du clip de Tiny Vipers, On this Side.
Il s'y déroule une intrigue à la fois incroyablement simple et démesurément compliquée, qui tourne en boucle sans aucune chronologie, s'affinant et se brouillant, dans la seule constance de ce plan fixe aux miroirs qui se déplacent.
L'intérieur de la maison est très blanc et presque vide. Peut être à cause du ciel tapissé de nuages qui laisse transparaître la lumière du soleil, et qui la sublime comme seules les terres nordiques savent le faire. Il n'y a pas de rideaux aux fenêtres, parfois il y a un canapé, d'autres fois un buffet, mais c'est tout. Le plus important sont les miroirs qui changent de place sur les murs, ou posés à même le sol, à dorures, à moulures, aux cadres peints. Ils sont la seule chose qui encombre.
L'ambiance, c'est le silence et la lumière. Il n'y a qu'un salon, vu sous un certain angle qui ne change jamais, et c'est un mélange des plans d'Intérieurs, quand les soeurs errent à travers la maison vide dans les premières minutes du film, et du clip de Tiny Vipers, On this Side.
Il s'y déroule une intrigue à la fois incroyablement simple et démesurément compliquée, qui tourne en boucle sans aucune chronologie, s'affinant et se brouillant, dans la seule constance de ce plan fixe aux miroirs qui se déplacent.
dimanche 23 novembre 2008
Watch and Ward
"Les êtres ont besoin jusqu'à un certain point de respecter ceux par qui ils ont souffert"
Henry James
samedi 22 novembre 2008
Jeune, Jolie et Névrosée
"Il y a de l'idée"

Certes, ce serait tout à fait faisable de créer le faux blog du faux magazine. La névrose, c'est une source d'inspiration inépuisable. Regardez les films de Woody Allen. Je pourrais gloser là dessus des heures. Après tout, c'est moi qui passe l'heure et demie que dure Hannah et ses soeurs à me dire "Putain, je suis Holly... Ah mais Hannah aussi en fait... En tout cas je suis pas Lee, ça c'est clair...".
Mais je me demande si je ne l'ai pas déjà, mon blog de névrosée...
Rayures au mur
Plus je grandis et plus je ressemble à mon père. Deux névrosés qui tapissent le derrière du radiateur sans pouvoir le détacher du mur. Je le regarde faire, il est méticuleux, il a le sens du détail. Il a des mains immenses qui l'empêchent d'accéder à certains recoins. Moi j'ai de petits doigts. On est assis sous la fenêtre, chacun tenant un bout du papier peint avec précaution, menant une opération de haute précision. A droite, plus à gauche, attention aux plis... Là on s'écoute, même si on se tait. Qui est fort, qui est fragile, finalement nous sommes les deux à la fois. On se complète dans nos névroses. Nous avons les mêmes.
Je me souviens des innombrables fois où j'ai mis ma minuscule main dans son énorme paume, pour comparer. C'était drôle de voir mes longs doigts devenir petits à côté des siens. C'est notre code. Jamais je ne pourrais lui dire ce que je pense quand je le regarde bricoler, que je trouve ça terrible de n'avoir jamais réussi à lui avouer l'importance qu'il a pour moi, mais je sais que quand nos mains accordent leurs gestes, côte à côte sur le mur, concentrées sur la fragilité du papier encollé sans jamais le déchirer, il comprend.
Je me souviens des innombrables fois où j'ai mis ma minuscule main dans son énorme paume, pour comparer. C'était drôle de voir mes longs doigts devenir petits à côté des siens. C'est notre code. Jamais je ne pourrais lui dire ce que je pense quand je le regarde bricoler, que je trouve ça terrible de n'avoir jamais réussi à lui avouer l'importance qu'il a pour moi, mais je sais que quand nos mains accordent leurs gestes, côte à côte sur le mur, concentrées sur la fragilité du papier encollé sans jamais le déchirer, il comprend.
vendredi 14 novembre 2008
samedi 8 novembre 2008
Repas de famille de la Toussaint
Comme il y a un panneau "Bébé à bord", on devrait pouvoir afficher "Vieux à bord" sur sa voiture, histoire que les autres usagers ne s'excitent pas à deux centimètres de son pare-choc. Parce qu'autant vous dire que quand je transporte ma grand mère agrippée à la poignée de la portière et mon grand père qui siffle "Salade de fruit jolie jolie", je passe pas les ronds points en troisième...
dimanche 2 novembre 2008
Billie Holiday - When you're smiling
When you’re smiling
When you’re smiling
The whole world smiles with you
When you’re laughing
When you’re laughing
The sun comes shining thru
But when you’re crying
You bring on the rain
So stop your sighing be happy again
Keep on smiling’cause when you’re smiling
The whole world smiles with you
Thank you Billie !
Fuck it, like Chris : épisode 2
BAM ! Je vais pas mentir, sur le coup ça fait mal. Mais après tout, après avoir explosé mon quota de larmes pour l'année prochaine en trois petits quarts d'heure, réussi à dépêcher une cellule de crise amicale en moins de cinq minutes, entendu cinq fois "un de perdu, dix de retrouvés" en une heure (plus forces de compliments rassurants parce que j'ai des amis géniaux), et enfin après m'être fait, seulement quelques heures après l'hypothétique coup de grâce, un individu de sexe masculin dans le genre "Fuck, what a BG sa mère" (et je prends bien soin de préciser les horaires, parce que tout est une question de timing), mais après tout donc, je me dis "mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ? hein ?"
So, well, Fuck It !
So, well, Fuck It !
Fuck it, like Chris
Publié le 12 octobre 2008
Vendredi c'était nul, comme le reste de la semaine. Je sais pas ce que j'ai fait dans mes vies antérieures, mais je devais pas être sympa.
En cours de musique romantique, on a écouté du Berlioz, une mise en musique d'un poème de Théophile Gautier, Le cimetière. Non non, je vais pas me la jouer à fond dans le pathos, pas d'inquiètude. C'est juste que ça m'a fait penser aux étés avec mon cousin, quand on allait sur la tombe de mes arrières grands parents. Ca n'avait rien de morbide. Dans mon souvenir, il fait beau, il y a beaucoup de fleurs, et il y a nous, qui racontons notre vie d'enfants. C'est un souvenir joyeux en fait. Papi nous avait tout raconté, on connaissait toutes les anecdotes marquantes de la vie de nos arrières grands parents, comme si on les avait connus. Leur tombe n'avait rien d'impersonnel, on visitait des proches, que nous n'avions pourtant jamais vus.
Avant ça, quand j'étais plus petite, je pleurais à chaque fois que je rentrais dans un cimetière. D'imaginer tous ces gens morts sous mes pieds me bouleversait. D'imaginer qu'un jour ma mère en ferait partie. Je me revois en train de remplir l'arrosoir au robinet qui sortait du sol, au milieu de nulle part, je fixais ma mère qui marchait vers la tombe de ses parents, elle s'éloignait de moi, entre les croix, le gravier crissait comme dans tous les cimetières, et moi je devais rester là et attendre que l'arrosoir soit plein, j'étais coincée, à côté d'une tombe, à côté d'un mort, ma mère s'en allait et je ne devais pas bouger, elle m'abandonnait au milieu des ces corps oubliés. Je ne sais plus ce que j'ai fait ensuite, si j'ai lâché l'arrosoir, si j'ai crié... J'ai pleuré sans doute. J'avais ressenti la solitude, la vraie, pas comme quand on s'isole dans sa chambre pour être tranquille, mais comme quand il n'y a plus personne autour de vous pour vous aimer. Je devais avoir cinq ans.
Et puis ces étés ont complètement dédramatisé la mort et les cimetières. J'aime aller sur la tombe de mes arrières grands parents. C'est calme, apaisant, en haut d'une côte très raide, au bout d'un petit chemin pittoresque, juste après le château avec le gros chien qui mordait la selle de nos vélos. J'ai eu envie d'y retourner, après avoir écouté Berlioz. Je suis sortie de cours et j'ai été acheter des fleurs, de grosses fleurs rouges et jaunes. J'ai roulé directement vers le cimetière. J'avais une idée très romantique de cette visite à mes ancêtres après tant d'années, avec de belles fleurs fraîches, avec ma jupe et mes talons hauts, histoire de bien signifier que j'ai grandi et que j'aime m'apprêter, comme mon arrière grand mère. Je sais ce que je vais leur dire, je vais résumer mes années d'absence, et espérer qu'ils soient fiers de moi, leur parler de mon avenir tel que je le conçois...
La côte est là, et le chemin, les maisons moches, l'abreuvoir où on pêchait les têtards, l'église avec le clocher mur, le château, et même le chien, avec un bandage à la patte, qui sautille sur les trois autres, je pense à Alexis, j'ai envie qu'il soit là. Puis j'arrive devant le grand portail, et je découvre une voiture. Il y a d'autres gens, qui arrangent leur tombe avant la Toussaint, qui rempotent des bégonias avec une vieille truelle. Il y a des travaux dans la maison d'en face, une perçeuse fait un bruit affreux. Je suis déçue. Je voulais être seule, je voulais le silence. Et puis je me rends compte que ma mémoire avait tout déformé. L'espace à gauche est beaucoup plus grand, le robinet n'est pas dans la cabane mais à côté, la tombe de mes arrières grands parents est plus loin vers la droite, et la tombe abandonnée qu'on visitait par respect pour un mort oublié était fleurie, en état. Elle n'avait plus rien de cet aspect vieux, perdue sous un arbre, éloignée du reste des tombes. En fait elle est au milieu d'autres tombes, elle n'a plus rien de romantique, je l'ai tuée en la revoyant.
Je suis passée devant le caveau d'une famille connue, croulant sous les gerbes de fleurs encore fraîches, c'est vrai, le fils s'est suicidé. Beaucoup de monde est venu à son enterrement. Quand on parle de suicide, ce n'est qu'un chiffre. Mais quand on voit la tombe, les banderoles qui disent au revoir, ça ne l'est plus. Quelqu'un s'est tué et il est là. On prend conscience à quel point c'est horrible.
Mais ce qui n'a pas changé, c'est la joie que j'ai à m'asseoir sur la tombe d'Henri et Malvina. Je leur fais la causette en enlevant quelques feuilles mortes sur les plantes en pot, je trouve un vase, je pose mes fleurs, j'arrange le tout, ça rend bien, Mémé serait contente. J'ai bien fait d'y aller. Voilà, je suis devenue moi, j'espère que mes petits enfants raconteront à leurs enfants des anecdotes aussi charmantes que celles qui m'ont été racontées à propos de vous, qu'ils auront de moi une image aussi positive que celle que j'ai de vous. Je voudrais qu'ils disent avec autant de fierté que moi "mon arrière grand mère était une femme forte, très indépendante". Je voudrais que ma belle famille donne mon nom à l'un de ses enfants parce que j'étais exceptionnelle. Je voudrais avoir un mari aussi cool qu'Henri, je voudrais avoir une aussi belle histoire à raconter que celle de votre rencontre. Je vous aime sans vous avoir connu. Ca vaut bien un beau bouquet.
Vendredi c'était nul, comme le reste de la semaine. Je sais pas ce que j'ai fait dans mes vies antérieures, mais je devais pas être sympa.
En cours de musique romantique, on a écouté du Berlioz, une mise en musique d'un poème de Théophile Gautier, Le cimetière. Non non, je vais pas me la jouer à fond dans le pathos, pas d'inquiètude. C'est juste que ça m'a fait penser aux étés avec mon cousin, quand on allait sur la tombe de mes arrières grands parents. Ca n'avait rien de morbide. Dans mon souvenir, il fait beau, il y a beaucoup de fleurs, et il y a nous, qui racontons notre vie d'enfants. C'est un souvenir joyeux en fait. Papi nous avait tout raconté, on connaissait toutes les anecdotes marquantes de la vie de nos arrières grands parents, comme si on les avait connus. Leur tombe n'avait rien d'impersonnel, on visitait des proches, que nous n'avions pourtant jamais vus.
Avant ça, quand j'étais plus petite, je pleurais à chaque fois que je rentrais dans un cimetière. D'imaginer tous ces gens morts sous mes pieds me bouleversait. D'imaginer qu'un jour ma mère en ferait partie. Je me revois en train de remplir l'arrosoir au robinet qui sortait du sol, au milieu de nulle part, je fixais ma mère qui marchait vers la tombe de ses parents, elle s'éloignait de moi, entre les croix, le gravier crissait comme dans tous les cimetières, et moi je devais rester là et attendre que l'arrosoir soit plein, j'étais coincée, à côté d'une tombe, à côté d'un mort, ma mère s'en allait et je ne devais pas bouger, elle m'abandonnait au milieu des ces corps oubliés. Je ne sais plus ce que j'ai fait ensuite, si j'ai lâché l'arrosoir, si j'ai crié... J'ai pleuré sans doute. J'avais ressenti la solitude, la vraie, pas comme quand on s'isole dans sa chambre pour être tranquille, mais comme quand il n'y a plus personne autour de vous pour vous aimer. Je devais avoir cinq ans.
Et puis ces étés ont complètement dédramatisé la mort et les cimetières. J'aime aller sur la tombe de mes arrières grands parents. C'est calme, apaisant, en haut d'une côte très raide, au bout d'un petit chemin pittoresque, juste après le château avec le gros chien qui mordait la selle de nos vélos. J'ai eu envie d'y retourner, après avoir écouté Berlioz. Je suis sortie de cours et j'ai été acheter des fleurs, de grosses fleurs rouges et jaunes. J'ai roulé directement vers le cimetière. J'avais une idée très romantique de cette visite à mes ancêtres après tant d'années, avec de belles fleurs fraîches, avec ma jupe et mes talons hauts, histoire de bien signifier que j'ai grandi et que j'aime m'apprêter, comme mon arrière grand mère. Je sais ce que je vais leur dire, je vais résumer mes années d'absence, et espérer qu'ils soient fiers de moi, leur parler de mon avenir tel que je le conçois...
La côte est là, et le chemin, les maisons moches, l'abreuvoir où on pêchait les têtards, l'église avec le clocher mur, le château, et même le chien, avec un bandage à la patte, qui sautille sur les trois autres, je pense à Alexis, j'ai envie qu'il soit là. Puis j'arrive devant le grand portail, et je découvre une voiture. Il y a d'autres gens, qui arrangent leur tombe avant la Toussaint, qui rempotent des bégonias avec une vieille truelle. Il y a des travaux dans la maison d'en face, une perçeuse fait un bruit affreux. Je suis déçue. Je voulais être seule, je voulais le silence. Et puis je me rends compte que ma mémoire avait tout déformé. L'espace à gauche est beaucoup plus grand, le robinet n'est pas dans la cabane mais à côté, la tombe de mes arrières grands parents est plus loin vers la droite, et la tombe abandonnée qu'on visitait par respect pour un mort oublié était fleurie, en état. Elle n'avait plus rien de cet aspect vieux, perdue sous un arbre, éloignée du reste des tombes. En fait elle est au milieu d'autres tombes, elle n'a plus rien de romantique, je l'ai tuée en la revoyant.
Je suis passée devant le caveau d'une famille connue, croulant sous les gerbes de fleurs encore fraîches, c'est vrai, le fils s'est suicidé. Beaucoup de monde est venu à son enterrement. Quand on parle de suicide, ce n'est qu'un chiffre. Mais quand on voit la tombe, les banderoles qui disent au revoir, ça ne l'est plus. Quelqu'un s'est tué et il est là. On prend conscience à quel point c'est horrible.
Mais ce qui n'a pas changé, c'est la joie que j'ai à m'asseoir sur la tombe d'Henri et Malvina. Je leur fais la causette en enlevant quelques feuilles mortes sur les plantes en pot, je trouve un vase, je pose mes fleurs, j'arrange le tout, ça rend bien, Mémé serait contente. J'ai bien fait d'y aller. Voilà, je suis devenue moi, j'espère que mes petits enfants raconteront à leurs enfants des anecdotes aussi charmantes que celles qui m'ont été racontées à propos de vous, qu'ils auront de moi une image aussi positive que celle que j'ai de vous. Je voudrais qu'ils disent avec autant de fierté que moi "mon arrière grand mère était une femme forte, très indépendante". Je voudrais que ma belle famille donne mon nom à l'un de ses enfants parce que j'étais exceptionnelle. Je voudrais avoir un mari aussi cool qu'Henri, je voudrais avoir une aussi belle histoire à raconter que celle de votre rencontre. Je vous aime sans vous avoir connu. Ca vaut bien un beau bouquet.
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